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Chefs d’entreprise : prenez soin de vous !

Chef d'entreprise

Solitude, stress, surcharge mentale : les raisons de la souffrance patronale sont connues depuis longtemps. La crise du Covid-19 a révélé ce mal-être au grand public. Et après ? L’AIPALS a mis en place pour eux une cellule d’écoute afin de les accompagner.

34,5% des dirigeants de PME, commerçants et artisans présentent actuellement un risque de burn-out (épuisement professionnel). C’est deux fois plus qu’il y a un an… « La perspective du dépôt de bilan affecte davantage la santé des chefs d’entreprise que le risque de contracter la Covid-19 », explique Olivier Torres, fondateur du premier (et seul) observatoire dédié à la santé des travailleurs non-salariés à Montpellier. « Depuis la création de notre observatoire Amarok, il y a dix ans, nous n’avions jamais constaté chez les entrepreneurs une aussi mauvaise qualité de sommeil. La crise hante leurs nuits blanches. »

C’est avec ce chercheur qu’a travaillé l’AIPALS cet automne pour analyser, au travers d’une enquête approfondie d’une centaine de questions, l’état de santé de ses patrons adhérents et leurs besoins en accompagnement.

Mythe du “Super Dirigeant”

Les résultats confirment que leur moral n’est pas bon (pour 50%). À l’issue du questionnaire, les dirigeant(e)s pouvaient demander à être contacté(e)s.

Certain(e)s ont franchi le pas. « Le fait de répondre aux questions leur a permis de prendre conscience et de libérer la parole : « il n’y a pas de honte à dire je ne vais pas bien », insiste Vincente Vassallo, l’ergonome qui fait partie de la cellule d’écoute dirigeants de l’AIPALS.

« Nos échanges leur donnent la possibilité de “déposer leurs bagages » sans jugement. Ce sont des personnes habituées à ne pas s’écouter et qui peuvent être dans le déni.

Il faut dire que le mythe du « super dirigeant », polyvalent, qui doit assumer l’ensemble des responsabilités et être sur tous les fronts a encore la vie dure.

Un grand nombre de dirigeants entretiennent également un rapport existentiel à leur société : ils « sont » leur entreprise…

« Ce sont des leaders avec, de fait, une mentalité particulière : fonceuse, opiniâtre, conquérante, etc. Ils croient souvent qu’ils n’ont pas le droit d’être malade et que rien ne peut leur arriver. J’ai été comme eux », se souvient Nadège Lauta qui avait monté sa propre entreprise avant d’être assistante médicale à l’AIPALS.

« Il faut arriver à leur faire prendre conscience que, non, répondre à ses mails à minuit ou tout le week-end, ce n’est pas forcément normal. Ils doivent réfléchir à leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. »

Accepter que prendre du temps pour soi, cela peut être du temps gagné pour son entreprise, n’est pas une évidence. Ni même que la santé du dirigeant est le premier capital d’une entreprise.

Dirigeants usure

« Couper » du travail

C’est pourtant lui qui « tient » son entreprise et ses salariés. Des signaux simples doivent alerter : trouble du sommeil (difficulté d’endormissement ou réveil précoce), perte de motivation, sensation de découragement, perte d’appétit, pratiques addictives (alcool, cigarette, etc). D’autant plus que le contexte de crise sanitaire et économique de la Covid-19 aggrave la situation : inquiétudes sur l’avenir (crainte d’un dépôt de bilan, problèmes de trésorerie, baisse de l’activité commerciale), sentiment d’impuissance, perte de repères, etc.

Ils croient souvent qu’ils n’ont pas le droit d’être malade et que rien ne peut leur arriver

Nadège Lauta, assistante médicale

« Les chefs d’entreprises sont obligés de réagir à des situations inédites, de travailler différemment, et de se réorganiser. Ils ont le réflexe de nous appeler pour parler des gestes barrières ou pour demander des conseils face à un cas Covid, mais pas encore pour parler d’eux », constate le Dr Laurence Balagué, médecin du travail à l’AIPALS.

« Le risque qu’ils s’épuisent est réel. Quand ils n’arrivent plus à « couper du travail » et que même le week-end n’est plus suffisant pour récupérer, ils doivent se dire qu’un engrenage est en train d e se mettre en place et ne pas hésiter à demander de l’aide. »

Visite médicale

Quels conseils donner ? Des mesures progressives et de bon sens peuvent être mis en place. « Mais c’est une réelle éducation sur le long terme », insiste Nadège Lauta, assistante médicale qui anime des ateliers QVT (Qualité de Vie au Travail). « Ils attendent de moi une baguette magique. Mais je ne suis pas Mary Poppins ! Être dirigeant ce n’est pas que donner des ordres. Une autre posture est possible, et les salariés doivent eux aussi se rendre compte de la charge mentale de leur patron… » 

50,9%

des dirigeants présentent un risque de burn-out(2) dont 9,7% pour lesquels ce danger est très élevé.
Les signes décrits sont majoritairement : la fatigue, la déception vis-à-vis de certaines personnes et le sentiment d’en avoir marre.
Sont les plus touchés : les femmes (52,5%), les jeunes 25-34 ans (44,4%), les services aux entreprises, l’hôtellerie/restauration et le commerce.

50%

des dirigeants estime travailler plus de 50h / semaine 42,5% se décrivent également « isolés », voire « très isolés ».

88,9%

la grande majorité des chefs d’entreprise se déclare «stressés», dont même 11,9% « extrêmement stressés ». Les événements qui génèrent le plus de stress sont, selon eux : les procédures judiciaires, une surcharge de travail, un débordement / une incapacité à faire face.

Certains peuvent avoir besoin d’être accompagnés par un psychologue, d’autres juste de reprendre la main sur leur agenda en se programmant un « rendez-vous » Retrouvez tous les outils de prévention sur aipals.com avec eux-mêmes : sport, coiffeur, massage, lecture, film, etc. La méditation et les exercices de cohérence cardiaque sont également très à la mode. «Cela prend 5 minutes et c’est très efficace : le niveau de stress baisse réellement», assure le Dr Balagué. 

La réflexion en cours à l’AIPALS va plus loin. L’objectif est d’enclencher une véritable démarche de prévention, avec un « check-up » complet comme pour les salariés. «L’entretien infirmier pourrait être une première étape», estime Yvette Bouillin, infirmière en santé au travail. «En 45 minutes, on procède à une évaluation des risques professionnels et on sensibilise sur les moyens de prévention. Il s’agit d’avoir une écoute active pour dépister et évaluer.» 

L’AIPALS participe également à d’autres dispositifs, décidés ces derniers mois, comme Apesa (pour détecter les risque suicidaires) et la plateforme régionale OSE (repérage et accompagnement).

Un réel écosystème est en train de se mettre en place.